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Par Alain Douard
Le coût du chanvre rivalise avec la construction traditionnelle, affirment
les deux artisans, et, qui plus est, la "déconstruction" de ces bâtiments
ne posera vraisemblablement pas de problèmes à nos descendants : Chaux,
plâtre, chènevotte et bois sans aucun additif de synthèse une fois soumis
directement aux intempéries, finissent par se désagréger et retourner
à la terre dont ils sont directement issus.
Production
dispersée.
Les limites
du chanvre dans la construction tiennent essentiellement à la disponibilité
en matériel, du moins tant que sa culture n'aura pas très sérieusement
redémarré.

Les maisons en chanvre de Pascal Pittet sont soutenues
par des structures en bois, noyées dans les murs.
Ces
murs bruts sont prêts à recevoir crépi et enduit.
Les
deux artisans travaillent aujourd'hui la
chènevotte
importée de France. En Suisse, la production de chanvre est trop dispersée
pour permettre une exploitation rentable des tiges de chanvre à grande
échelle. D'autant plus que les cultivateurs obtiennent un meilleur revenu
en valori-sant la graine ou la fleur de la plante. A court terme, les
espoirs de rentabiliser la tige de chanvre suisse sont minces.
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Il
faudrait du volume pour inciter un industriel ou un groupement de producteurs
à investir dans une installation de transformation. Pascal Favre s'était
lancé à séparer chènevotte et fibres à l'aide de vieilles machines agricoles
bricolées, notamment des secoueurs a foin de type Portana. Il a renoncé
: trop laborieux pour un homme seul.
Les cultivateurs,
plus intéressés à valoriser fleurs et graines, laissent donc pour la plupart
les plantes sur les champs, puisqu'ils ne peuvent de toute façon pas toucher
la subvention fédérale de 3000 francs, dès le moment ou leur culture n'est
pas exclusivement destinée à la production de fibres.
Ce qui n'empêche
pas les deux constructeurs romands d'avancer: L'un a soumis à l'institut
fédéral des matériaux des éléments de construction préfabriqués qu'il
souhaite fabriquer pour abaisser encore ses coûts de construction, alors
que l'autre étudie avec une école d'ingénieurs un procédé qu'il a redécouvert
mais dont il ne sou-haite pas encore divulguer la nature. (A. D.) |
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Filière
technologique
Produits absorbants, bâtiment, papier, textiles : la liste des possibilités
d'utilisation du chanvre n'est pas close, elle est même... hallucinante,
en dehors de tout emploi psychotrope. Si, à l'heure actuelle en Suisse,
" sans subventions. il est illusoire de vouloir rentabiliser la fibre
de chanvre, es-time Vitto Mediavilla, qui conduit les essais de cultures
à Reckenholz, l'avenir pourrait être plus prometteur.
La station
zürichoise se penche depuis 1993 sur des essais de culture. Cette année,
elle teste une vingtaine de variétés, provenant de France, de Hongrie,
de Roumanie, de Pologne, d'Ukraine et de régions de l'ex-Yougoslavie.
A part la France, dans trois de ces pays la culture du chanvre ont perduré
sans interruption ce qui. leur ont permis de conserver ou riche éven-tail
variétal. 
L'objectif
est de retrouver des variétés bien adaptées à la Suisse et de déterminer
les conditions cuturales pour produire fleurs, graines et fibres à des
fins précises. Concernant les fibres, il pourrait être intéressant pour
L 'agriculture suisse de fournir une matière première pour des destinations
à haute valeur ajoutée, note Andréas Keller chercheur à la station de
Tänikon et à l'EPFZ.
La fibre
de chanvre est déjà utilisée comme armature dans des matériaux composites
pour rem placer la fibre de verre, notamment par l'industrie automobile
allemande. Elle entre aussi dans la fabrication de garnitures de freins.
Andreas Keller étudie cette filière de haute technologie, pour déterminer
les conditions de production et de transformation en vue d'obtenir des
fibres très longues (5 centimètres) mais de diamètre microscopique, de
l'ordre de la dimension d'une cellule.
De telles
fibres pourraient intéresser l'industrie des matériaux composites et des
plastiques, en tant que matière première à la fois renouvelable et biodégradable.
Comme la quantité, la finesse et la structure des fibres sont aussi dépendantes
des méthodes de culture, il y aura là certainement des possibilités de
diversification pour des agriculteurs qui veulent s'investir dans de la
culture à des fins industrielles, de haute précision qui créent de la
valeur ajoutée jusqu'au niveau des champs. (A. D.) |